Quand on part au pays de Galles avec un carolo, il y a une étape à laquelle on n’échappe pas: la visite d’une mine 😬. Direction le Big Pit, ainsi nommé en raison de son puit exceptionnellement large, qui permettait de remonter deux wagonnets de charbon à la fois au lieu d’un seul. La mine est restée en activité jusqu’en 1980. Aujourd’hui, elle est devenue un musée vivant qui rend hommage aux gueules noires, à leurs luttes et à leurs familles.
Des anciens mineurs y accompagnent les visiteurs à 90 mètres sous terre. Vous ne verrez aucune photo de l’intérieur : le risque d’explosion existe toujours et tout appareil électrique y est strictement interdit. Autant vous dire que la froussarde qui sommeille en moi n’était pas totalement rassurée 😂.
Notre guide s’appelle Mike. Son humour décapant et son accent bien rugueux nous le rend d’emblée sympathique. Casque sur la tête, batterie à la ceinture, lampe frontale allumée, nous prenons place dans un ascenseur grillagé. Quelques secondes plus tard, nous descendons dans les entrailles de la terre. Je suis saisie par l’émotion. Impossible de ne pas penser à tous ces hommes qui empruntaient cette cage chaque jour, sans certitude de revoir la lumière du jour. L’ascenseur s’ouvre sur un long couloir sombre. Mike ouvre la marche et demande au dernier de refermer la porte. Les portes servent de système de ventilation. Mike nous explique qu’au XIXe siècle, des enfants parfois âgés de seulement six ans étaient chargés de les ouvrir et de les refermer. Pendant douze heures, seuls dans l’obscurité totale, ils attendaient d’entendre arriver les chevaux tirant les wagonnets pour ouvrir la porte. Pour nous faire comprendre ce que représente cette obscurité, Mike nous demande d’éteindre nos lampes. En un instant, le noir devient absolu. Quelques secondes de ce noir dense suffisent pour ressentir un profond malaise. Alors, imaginer des enfants y passer leurs journées entières est tout simplement bouleversant.
Plus loin, nous découvrons « l’étable ». C’est là que les chevaux se reposaient après leur journée de labeur. Eux aussi travaillaient au rythme de la mine : cinquante semaines par an. Seules deux semaines leur étaient accordées pour retrouver la surface et la lumière du jour. Pour les remonter, il fallait leur bander les yeux. Après quinze jours à l’air libre, beaucoup se couchaient et refusaient d’avancer, préférant feindre la mort plutôt que de redescendre dans cet enfer.
La visite se poursuit dans le silence. Nous empruntons un escalier humide puis un boyau si bas qu’il faut avancer courbé. Pour une fois, ma petite taille est un avantage 😬. On revient à la lumière du jour, avec un certain soulagement. Oli évoque son djadja, venu de Pologne chercher une vie meilleure et emporté par la silicose. Instantanément, les paroles de Brel me reviennent :
« Quelle vie ont eu nos grands-parents ?
Entre l’absinthe et les grand-messes,
Ils étaient vieux avant que d’être.
Quinze heures par jour le corps en laisse,
Laisse au visage un teint de cendre.
Oui, not’Monsieur, oui, not’bon Maître.
Pourquoi ont-ils tué Jaurès… ».
Notre roadbook au Pays de Galles.










